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ÉTUDE SUR LE PROCESSUS DE RÉHABILITATION PSYCHOLOGIQUE D’ATHLÈTES DE HAUT NIVEAU BLESSÉS EN ATHLÉTISME (Du 100m au 5000m) – (deuxième partie)

Extrait du mémoire master 2 Recherche « Ingénierie de l’entraînement » d’Amandine LE CORNEC

Littérature et discussion:

Dans la littérature relative à la blessure en sport, nous ne trouvons qu’en particulier des articles sur les réactions psychologiques d’un athlète blessé dont les conséquences de la blessure, le soutien social, et l’imagerie mentale.

En effet, L’athlète blessé peut ressentir : (1) la perte athlétique ; (2) la mauvaise image de soi ; (3) le fait d’être perçu comme faible par autrui  ; (4) la perte de soutien social  ; (5) la perte de confiance en soi ; (6) la peur de perdre son niveau ; (7) la baisse d’estime de soi ; (8) la peur d’être remplacé au sein d’une équipe ; (9) le sentiment de frustration ; (10) la récidive de la blessure et (11) la douleur (Cassidy et al., 2006)[1]. En revanche peu d’études mettent en évidences les incidences positives que peut engendrer la blessure.

Imagerie mentale 2Parmi cette exception, nous pouvons retenir l’étude d’Udry et al., (1997)[1] sur des skieurs blessés au niveau du genou illustre favorablement ce phénomène. Elle démontre que 81% des skieurs blessés ont obtenu des bienfaits positifs sur le développement personnel. Ainsi, en prenant du recul et en pratiquant d’autres activités physiques, ils ont vu leur personnalité évoluer et ont appris à mieux gérer leur temps. Par ailleurs, 81% des skieurs blessés ont progressé sur le plan mental en augmentant leur auto-efficacité, leur force mentale, leur motivation en faisant preuve de plus de réalisme concernant les performances attendues. Enfin, 81% des skieurs blessés ont obtenu des bienfaits positifs sur le développement physique et technique suite à la rééducation.

Prenons également l’exemple du skieur Hemann Maier. Il témoigne être revenu avec une très grande motivation après son accident de moto dans lequel il a eu une fracture ouverte de la partie inférieure de la jambe, des contusions multiples, les ligaments arrachés, des muscles déchirés, et des inflammations multiples des plaies.

Sa détermination à vouloir revenir au haut niveau l’a transcendé et lui a donné la force d’atteindre son objectif. En 2003 (soit un an et demi après son accident), il gagne sa quatrième médaille d’or aux championnats de monde à Adelboden.

 Afin de surmonter ces réactions négatives, l’athlète blessé peut utiliser comme stratégie : le soutien social. En effet, le soutien social tient plusieurs rôles : le soutien émotionnel (écoute, présence), d’estime (réconfort, encouragement), informationnel (conseil, information) et logistique (assistance matérielle et personnelle) (Rees et al., 2003)[2]. L’entraîneur joue un rôle important dans le soutien social lorsque l’athlète est blessé.

L’imagerie mentale est également un nouveau concept à la mode suggéré dans de nombreux articles (dont Thill, 1998)[3]. Elle permettrait d’induire des contractions musculaires par la pensée, d’entretenir la force musculaire et les gestes tactico-techniques, et de mieux gérer la rééducation en visualisant les objectifs à suivre.

Mais peu d’articles mettent en évidence le fait de maintenir une activité physique lors la période de réhabilitation, ainsi que la relation entre l’entretien physique et la dynamique d’entraînement. La littérature conseille au sportif blessé de rester dans la dynamique d’entraînement (Balague 1995)[4]. Mais pour certains de notre échantillon, ils déclarent que c’est trop difficile de rester dans un groupe qui s’entraîne en étant blessé. La question est alors de savoir comment et dans quelles conditions on peut mieux motiver les athlètes à se maintenir dans cette dynamique ? Dans ce contexte, le fait de garder contact avec la dynamique d’entraînement est-ce vraiment efficace et bénéfique pour mieux se réhabiliter ?

Par ailleurs, les résultats obtenus dans ces précédentes recherches ne concernent pas en particulier la population d’athlétisme de haut niveau. Il apparaît utile d’étudier cette discipline afin de mettre en exergue les stratégies de réhabilitation sportive les plus efficaces dans une perspective d’aide à l’entraînement pour l’athlète lui-même et l’entraîneur. Les résultats obtenus permettront de connaître les réactions des athlètes de demi-fond et de sprint ce qui nous amènera à leur proposer ainsi qu’à l’entraîneur une réhabilitation adéquate à leurs demandes et à leurs intérêts.

Par contre, dans cette présente étude, nous avons pu constater que les entraîneurs n’ont pas dirigé leurs athlètes blessés vers les stratégies mentales.  D’après Washington Logren (2004)[5], certains entraîneurs ne sont pas habilités au domaine de la psychologie de la blessure sportive. D’ailleurs, aucun athlète n’a été invité à recourir aux habilités mentales par une tierce personne autre que l’entraîneur. Pourtant lorsque nous leur demandons leur opinion sur les habiletés mentales, ils déclarent que c’est primordial pour se réhabiliter et reprendre plus facilement. Mais ils manquent de connaissances dans ce domaine. Lorsque nous leur évoquons l’imagerie mentale, soit elle reste inconnue chez les sportifs, soit elle est mal définie. Pourtant, nous connaissons les bienfaits de l’imagerie mentale chez les blessés. Debois (2005)[6] signale l’efficacité de l’imagerie mentale qu’a constatée Maurice Houvion qui l’a pratiquée avec les perchistes. Cette observation pourrait nous amener à nous interroger sur le fait que ce soit dans les spécialités du demi fond et du sprint en athlétisme qu’elle ne soit pas développée.

Imagerie mentale

 Recommandations

Suite à ces diverses témoignages et à ces questions, nous pourrions donner quelques recommandations. Nous pouvons à la fois lier les questions relatives à l’imagerie mentale  et celles sur l’implication de l’entraîneur dans l’aspect psychologique. Il serait peut-être utile d’inviter les sportifs et les entraîneurs à des colloques avec débat portant sur les effets bénéfiques de l’imagerie mentale ainsi que sur les autres stratégies d’ordre psychologique lors de la période de convalescence. D’autant plus que les athlètes ont généralement comme influence leurs entraîneurs. Par conséquent, si les entraîneurs n’y croient pas, les athlètes blessés risquent de ne pas y croire également et l’adhésion vers la psychologie risquera d’être moins bénéfique. L’athlète ira plus facilement vers les intervenants en psychologie s’il a l’approbation de son entraîneur. C’est pourquoi, l’entraîneur devra bénéficier d’une formation et d’une éducation sur les compétences de la psychologie sportive sur les blessés. Puis, il serait avantageux d’instaurer une triade entre les médecins, les intervenants en psychologie et l’entraîneur. Dès que le médecin est en contact avec le sportif blessé, il faudrait qu’il le dirige vers les intervenants en psychologie, qui pourraient aider directement les athlètes ou seconder l’entraîneur dans la mise en œuvre de stratégies mentales. Il serait également intéressant de placer un créneau horaire dans la planification au même titre que le massage du jeudi soir par exemple. Ainsi il sera plus facile pour l’entraîneur de diriger son athlète car la gestion de temps sera prise en considération.

            En résumé, une fois que l’entraîneur aura pris connaissance des bienfaits de l’aspect mental à la survenue de la blessure et dans la réhabilitation de la blessure, il lui sera recommandé de soutenir moralement et physiquement l’athlète blessé. Il pourra lui apporter son aide lors de l’entretien physique. En effet, il ne faut pas croire que l’aspect psychologique rétablira à lui seul un athlète blessé. Par contre il y contribue fondamentalement. C’est pourquoi, le maintien d’une activité physique de substitution (via l’aquajogging, le vélo, la musculation) est primordial.

Imagerie mentale 1

Non seulement, il lui permet d’éviter la fonte musculaire, mais il lui permet également de se rassurer sur le plan physique.

Il a l’impression d’entretenir ses capacités physiques et ainsi de limiter la perte physique que peut engendrer la blessure. Ainsi, ses principales peurs celle de perdre son niveau ou de ne jamais revenir à son niveau initial est atténuée. En parallèle, il serait judicieux de le diriger vers des préparateurs mentaux afin qu’il fasse de l’imagerie mentale ou par exemple qu’il l’aide à lui faire reprendre confiance en lui, à moins que l’entraîneur sache le faire (comme Maurice Houvion cité ci-dessus). Par conséquent, les entraîneurs devront être attentifs à ce que l’athlète conserve sa motivation, sa confiance en lui et son envie de revenir. Enfin, il faut lui faire prendre conscience que la blessure peut s’avérer positive. L’athlète blessé doit profiter de cette période de convalescence pour faire d’autres activités de loisirs auxquels il n’a pas le temps de faire lorsqu’il s’entraîne. Mais il ne faut pas oublier de lui rappeler de conserver leur hygiène de vie. Les kilos en trop causeront des difficultés à la reprise. De même, le manque de sommeil ne facilitera pas la réhabilitation ou la cicatrisation de la blessure.

Pendant la période de reprise, il sera recommandé à l’entraîneur de ne pas sous-estimer l’état psychologique de l’athlète. Cette période a été décrite très difficile affectivement par les athlètes. En effet lors de la réhabilitation, ils ne pensent qu’à revenir. Mais lors de la reprise, ils doivent surmonter leur baisse de niveau, de sensation voire même l’échec ou la non-participation à l’objectif majeur de la saison. L’entraîneur devrait peut-être continuer à diriger son athlète vers un préparateur mental afin qu’il complète ses actions. Ils devront jouer un rôle complémentaire et travailler en interaction. La préparation physique combinée à la préparation mentale est plus efficace que l’une sans l’autre. L’entraîneur devra également être attentif à la précipitation de l’athlète lors de sa reprise. Voulant retrouver son niveau au plus vite, l’athlète peut lui cacher quelques sensations de récidives de la blessure. Mais au contraire, il devra être attentif également si l’athlète lui dit qu’il ressent quelque chose au niveau de sa blessure, mais en fait qu’il n’a rien.

Sa peur de la récidive peut lui provoquer ces sensations « fantômes ». Par conséquent, non seulement il serait judicieux qu’il soit en étroite relation avec le préparateur mental, mais aussi avec l’équipe médicale.

Ces recommandations peuvent concerner toutes les disciplines d’athlétisme.

Pour conclure, la psychologie n’est pas dans les mœurs de la réhabilitation en sprint en en demi fond français. D’ailleurs les nombreuses études sur la blessure sportive sont davantage effectuées dans les pays anglo-saxons. Par conséquent il resterait beaucoup de travail à effectuer en France dans ce domaine afin que les blessés vivent mieux leur blessure. Cette étude suggère que les périodes de blessures seraient peut-être mieux négociées si les athlètes étaient davantage aidés à recourir à des stratégies mentales et comportementales pour palier à l’impossibilité dans laquelle ils sont de continuer à s’entraîner. On peut émettre l’hypothèse que si la blessure était mieux gérée par les athlètes blessés lors de la période de réhabilitation, ils seraient plus confiants à leur reprise et risqueraient donc moins de se re-blesser pendant cette période. Par conséquent les athlètes de haut niveau auraient-ils plus d’incidences positives de la blessure à leur retour de convalescence si l’aspect psychologique était mieux gérer lors de la période de réhabilitation via les stratégies mentales ?

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Amandine LE CORNEC-BOUTINEAU
Entraîneur diplômé FFA
Titulaire d’un Master 2 Recherche et Professionnel
« Ingénierie de l’entraînement

Réhabilitation de la blessure

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